Enneagramme Film : The Reader

Kate Winslet dans The Reader de Stephen DaldryLe type Ennéagramme Quatre, sous-type social

Au travers du film The Reader -Le Liseur-, de Stephen Daldry, 2008, avec Kate Winslet et Ralph Fiennes

L’histoire

En Allemagne au lendemain de la seconde guerre mondiale, un adolescent, Michael Berg, fait par hasard la connaissance d’Hanna, une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant…. Leur relation s’intensifie lorsqu’ils se découvrent une passion commune pour les livres. Chaque soir, Michaël fait la lecture à Hanna de grands ouvrages littéraires. Malgré les liens qui les unissent, Hanna disparaît un jour sans crier gare. Les années passent et Michaël, devenu étudiant en droit, assiste à un procès impliquant des criminels de guerre où il retrouve Hanna sur le banc des accusés. Michaël découvre alors un lourd secret sur la femme qu’il a toujours aimé et finit par comprendre que cette femme est prête à se laisser condamner d’un crime pour dissimuler un secret dont elle a honte. Socialement honte.

Le profil Ennéagramme Quatre

Sans en avoir l’air, ce film déroule nonchalamment une kyrielle de moments d’émotions justes. Ce sont souvent des situations simples : le regard d’un garçon sur une femme qui s’habille, quelques mots d’une fille à son père, la tonalité d’une voix… Le génie de l’auteur consiste à ralentir l’action le temps que l’émotion se déploie. Cela donne quelques secondes au spectateur pour se laisser toucher par l’émotion. Et on commence à percevoir combien ce profil Ennéagramme Quatre peut aimer se laisser habiter par cette profondeur émotionnelle d’un instant. Par ailleurs, il y a une très belle histoire d’amour. Un amour improbable vu la différence d’âge et de milieu social. Un amour d’autant plus intense qu’il a peu de chance de perdurer dans le temps.

La beauté, pour le type Quatre, c’est cette faculté à se laisser toucher profondément par ce qu’il trouve beau. Ici, Hanna va être bouleversée par la littérature. Ce qui nous enseigne que, pour le type  Ennéagramme Quatre, la Beauté n’est pas que visuelle. Lorsque Michael énonce une citation latine, Hanna est émue : « c’est vraiment très beau. » Et son cœur va continuer à battre à la lecture des grands classiques de la littérature.

La susceptibilité est un autre indice : « C’est quoi ton prénom ? » « Pourquoi veux-tu le savoir ? » répond-elle rudement.  On retrouve souvent chez le type Quatre, la réactivité « d’écorché vif » du profil Six. De même, lorsqu’elle lui dit qu’il est vraiment très bon, il esquisse un sourire. Il ne sait pas à quoi elle fait allusion. Cela suffit à la cabrer, pensant qu’il se moquerait d’elle.

Lorsqu’il vient la voir sur son lieu de travail, c’est le pataquès : « C’est toi qui as fait comme si je n’existais pas… » Malaise, excuses. Ce malentendu engendre des mots volcaniques :  « Tu n’as pas le pouvoir de me faire de la peine, tu ne comptes pas assez pour me faire de la peine… » Poum ! Quand il est blessé, quand il se sent critiqué, le Profil Ennéagramme Quatre peut surréagir.

Il y a la thématique de l’abandon, aussi. Une rupture brutale, douloureuse, soudaine, provoquée par la perte de l’être cher.

L’authenticité est également joliment représentée : lors de son procès, Hanna pourrait bidouiller la vérité, comme ses co-accusées qui jouent à l’autruche. Mais elle ne peut pas. Elle n’y pense même pas. Elle ne peut pas faire autrement que de dire la vérité, d’être honnête, malgré les coups de coude de son avocat qui sent bien que, dans ce contexte, toute vérité n’est pas bonne à dire.

Le type ennéagramme Quatre  sous-type social

Cette histoire d’amour n’est que le support d’un cadre plus large. La question de la responsabilité du peuple allemand qui a « laissé faire » le parti au pouvoir durant la deuxième guerre mondiale. Là, on rentre dans le champ du sous-type social.

Quelques réflexions nous rappellent que la relation amoureuse n’est qu’une partie du film : « La notion du secret est au centre de la littérature occidentale. On peut dire que l’essence même des personnages est incarnée par des gens détenant des informations spécifiques que, pour des raisons diverses, ils sont déterminés à ne jamais révéler. »

Ou encore : « Les sociétés croient fonctionner grâce à ce que l’on nomme les valeurs morales, mais c’est faux, elles ne doivent leur fonctionnement qu’à une chose : la loi. Et la question n’est jamais si vous avez eu tort, mais est-ce que c’était légal ? » À un autre moment, un étudiant en droit se révolte contre son professeur : « Vous saviez, tous, vous saviez et vous n’avez rien fait, rien dit… » Il a honte. Il a socialement honte. En tant que représentant de son pays à la génération suivante, il estime porter la tache du choix fait par la génération précédente : se taire.

Apprentissage Ennéagramme

La plupart des auteurs évoquent le fait que le type Ennéagramme Quatre a, quelque part en lui, le sentiment d’être déficient, de porter une tache honteuse qui, dévoilée, provoquerait rires et moqueries et les rendrait définitivement non aimables. Richard Rohr, dans son livre L’Ennéagramme, les neuf visages de l’âme, l’énonce ainsi : « Beaucoup de Quatre témoignent de ce qu’ils sont gouvernés par un sentiment de honte cachée ». À partir de là, toute leur vie, ils vont jouer à cache-cache pour ne pas exposer leur « bosse » ; les stratagèmes sont variables : l’amplification des émotions, la marginalisation volontaire, la quête de l’excellence, l’originalité… Les sous-types résument cette panoplie de camouflages en trois grandes rubriques : l’intrépidité, la recherche de l’attention du partenaire et la honte sociale. Mais pour ceux qui ont travaillé les sous-types, il est bien évident que cette problématique de la honte touche tous les sous-types sociaux. Par exemple, ils sont tous concernés par le fait de ne pas commettre d’impair susceptible de les exclure du groupe. Et donc, d’éviter la honte…

Sur un sujet délicat, le film est d’une grande sensibilité et sonne humainement juste. Sans vraiment être lent, le tempo donne le temps aux émotions de s’exprimer. En même temps, il y a une fraîcheur, une sorte de naïveté romantique, contrastant fortement avec le contexte historique. Comme le type qu’il honore, ce film est un peu décalé des normes habituelles. Nominé cinq fois aux Oscars, il a valu a Kate Winslet la récompense de la meilleure actrice. Bon film !

Mots-clés :