Film Ennéagramme : l’Italien

Le type Ennéagramme 3 sous-type social

au travers du film

L’Italien

D’Olivier Baroux, 2010, avec Kad Merad, Valérie Benguigui, Roland Giraud

L’histoire

(Allociné) Dino Fabrizzi est meilleur vendeur de la concession Maserati de Nice. À 42 ans, il arrive à un tournant de sa vie, le poste de directeur lui est ouvertement proposé et sa compagne depuis un an, Hélène, a la ferme intention de l’épouser. Pour Dino, la vie est belle, sauf que cette vie s’est construite sur un mensonge. Dino s’appelle en fait Mourad Ben Saoud. Ni son patron, ni Hélène et encore moins ses parents ne sont au courant de cette fausse identité… Dans dix jours débute le ramadan et Mourad qui passe outre tous les ans, devra cette fois assumer la promesse faite à son père malade : faire le ramadan à sa place… Pour Dino, l’italien, cela ne va pas être simple !

 

Le type Trois : historique du travers de ce profil

Jean-Claude Larchet, dans son livre : Thérapeutiques des maladies spirituelles, évoque la vaine gloire ou vanité en se basant sur Évagre le Pontique (IVème siècle) : « Se glorifier soi-même et devant les autres de ses vertus et rechercher l’admiration d’autrui ». En clair, fanfaronner, pavaner. Klausbernd Vollmar dans son Manuel de l’Ennéagramme, en 2003, donne une version plus contemporaine : « Le Trois est pleinement conscient de l’effet qu’il produit sur les autres et sait souvent cacher ses véritables intentions. Il s’identifie à ce qu’il fait mais aussi à l’image qu’il donne extérieurement de lui. » Nous y voilà. Dino, dans ce film, a choisi une identité italienne qui lui semblait plus efficace pour s’intégrer dans une vie professionnelle en France. De son point de vue, il n’y a pas vraiment mensonge, c’est juste commode. Souvent, les représentants du type Trois réfutent le mot de « Mensonge », ils préfèrent les notions de duperie ou de tromperie. Dino, de son point de vue,  n’a pas « menti » sur son identité, il a juste dupé son monde en en choisissant une autre. L’incroyable, c’est la capacité du type Trois à s’identifier à un rôle. Ici, personne ne doute que Dino est italien : ni sa fiancée, ni ses collaborateurs, ni ses copains. Et l’on est bien dans le travers de ce type : rechercher l’admiration d’autrui.

 

Ennéagramme Type 3 sous-type social

Prestige (Peter O’Hanrahan)

La nécessité de réussir engendre l’obligation de gagner l’approbation sociale, de connaître les bonnes personnes, d’acquérir du pouvoir dans les institutions sociales : gouvernement, entreprise, communauté. Il peut s’agir là soit d’un leadership social authentique, ou d’une inflation de l’ego par la propagande et la fabrication d’une image.

Le sous-type social

Nous revoilà dans « fanfaronner ». Il faut que Dino soit convaincant, et donc le Trois finit par tellement bien jouer son rôle qu’il se met à y croire, au point de se duper lui-même. Cela va des références culinaires italiennes jusqu’à l’accent, l’habillement… Soigner son image extérieure : c’est l’explication la plus simple du mot Prestige.

Et donc Dino va être un bon vendeur et le faire savoir, être capitaine/sélectionneur de l’équipe de foot de l’entreprise et s’en glorifier. Parti de rien, il s’est taillé une place significative dans la communauté sociale. Il est admiré socialement. Le hic, c’est que tout ce qu’il a bâti repose sur le rôle qu’il joue et non sur ce qu’il est vraiment. Le ramadan va avoir des effets sur son énergie physique et, dès qu’il n’a plus assez de jus pour incarner son personnage habituel, le regard des autres sur lui change. Au sens propre, on voit qu’il n’est plus aussi admirable, plus aussi aimable, plus aussi estimable que lorsqu’il avait la forme. Un capitaine de foot « motivateur pêchu » qui se traîne sur le terrain, ça perd de sa crédibilité ! Et il n’y a plus d’admiration sociale. On assiste alors à ce que les types 2, 3 et 4 passent leur vie à éviter : une tristesse accablante qui remonte du fond de l’être et, en tout cas pour Dino qui sait la saisir, une remise en question fondamentale du « Qui suis-je vraiment, au fond ? »

 

Autres intérêts du film :

Rarement un film nous montre aussi clairement le chemin de transformation d’un même profil :

. Une description de la personnalité où l’ego est content de lui

. La période de changement où arrivent les doutes, le vide, la peur, la tristesse, la perte de repères

. L’incarnation d’un nouveau soi, plus humble, plus vulnérable, plus authentique. Chez le type Trois, on passe du paraître à l’être. Être soi-même, s’assumer tel que l’on est, arrêter de jouer un rôle, descendre dans son cœur pour y contacter ses sentiments dans l’ici et maintenant. Prendre le risque d’apparaître moins joli, mais plus authentique.

Ce film est à la fois extrêmement instructif sur tous ces plans, mais il est aussi très frais, avec un côté bon enfant, où Kad Merad est plus vrai que nature dans son rôle de L’Italien. Rajoutez à cela une certaine sobriété, de l’humour et de très bons second rôles… Bon film !

 

 

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