L’aile, une illusion temporaire ?

ailes

Edito août 2015

Il y a autant de bonnes façons de transmettre l’Ennéagramme qu’il y a d’animateurs. De la même façon, tout ce qui a été dit sur les ailes à ce jour est vrai en théorie. Comme les autres écoles, la tradition orale propose à ses étudiants de réfléchir sur les différences entre, par exemple, Une Base Trois avec aile 2 et une base Trois avec aile 4.

D’un autre côté, sur les plusieurs milliers d’étudiants qui sont passés au Centre d’Etudes de l’Ennéagramme, la grosse majorité de ceux qui ont observé leur comportement sur une période d’au moins deux ans sont d’accord sur le fait que l’aile qu’ils croyaient avoir en commençant l’Ennéagramme était une illusion. L’aile, même si elle apparaît intellectuellement sympathique au premier abord, s’avère en effet, le plus souvent, un subterfuge de l’ego  pour nous éloigner du travail proposé : explorer notre zone d’ombre et déjouer les pièges de l’ego pour garder le pouvoir.

  • Exemple : « Je suis Sept avec aile Six », clame fièrement quelqu’un en se présentant. Aïe ! Dans le cheminement que propose l’Ennéagramme, comment être fier de quoi que ce soit ! Explorer sa zone d’ombre ne devrait-il pas amener à davantage d’humilité ?

En tous cas, cette autosatisfaction de l’aile pourrait amener certaines questions :

  1. En quoi votre soi-disant aile Six justifie t-elle de continuer à éviter certains renoncements ? En quoi votre aile Six vous arrange, au point d’en être fier ? Etes-vous bien sûr d’avoir exploré les différents masques que l’ego peut prendre au point Sept, avant de prétendre avoir une aile Six ?
  2. Que reprochez-vous à votre facette Huit ? Avez-vous un problème à oser vous confronter à quelqu’un ou à quelque chose ? Avez-vous tellement peur de devoir incarner votre facette Huit que vous préférez vous cacher de l’autre côté, au point Six ?
  3. Avez-vous vraiment intégré les trois centres d’intelligence ? Ce que vous pensez être « une aile Six », ne serait-il pas tout simplement des éléments propres aux trois types centre mental : le Cinq, le Six, le Sept ? Comme par exemple : manquer de confiance en soi, anticiper, ne pas oser la confrontation, avoir du mal à vivre dans l’instant présent, préférer l’analyse mentale à l’incarnation de la réalité ?
  4. Avez-vous passé deux ans à explorer votre sous-type ? Comme par hasard, la majorité de ceux qui se croient Sept avec aile Six, finissent par se révéler des Sept en sous-type survie, certaines caractéristiques de la survie provoquant souvent une confusion avec le point Six : les besoins de sécurité, d’hygiène, de confort amenant régulièrement des préoccupations anxiogènes que l’on attribue au Point Six.
  5. Ce que vous considérez comme « une aile Six » n’est-il pas tout simplement un passage au point Un, via votre flèche ? Avez-vous exploré la différence entre la « peur de l’insécurité » du Six avec l’anxiété ou « la peur de mal faire »  du point Un ?

On pourrait multiplier les exemples : la majorité des Un qui vont croire avoir une aile Deux pour des raisons socioculturelles, la majorité des Neuf qui estiment avoir une aile Un… La réalité, c’est que 90% de ceux qui ont pris au moins deux ans pour visiter leur travers principal -au regard du sous-type notamment- estiment que la fascination qu’ils pouvaient avoir pour l’aile au début a disparu, bien loin de la fanfaronnade « d’être convaincu d’avoir une aile et d’en être fier », ils estiment plutôt qu’il s’agissait d’une illusion utile et nécessaire, dans un premier temps. Une sorte de paravent et de cane. Un paravent qui protège de découvrir trop vite l’entièreté de sa « cave intérieure ». Comme certains plongeurs qui s’essaient à la plongée sous-marine la première fois et qui peuvent être dégoutés par ce grouillement de bêtes, trop nombreuses et trop visibles. Une cane, parce que, les premiers temps, c’est bien agréable d’avoir une aile pour se sentir partie du système en ayant découvert son profil dominant,  mais pas trop non plus grâce à l’aile, qui permet donc de pouvoir se passionner pour l’Ennéagramme au niveau mental, tout en restant à distance au niveau émotionnel. Une sorte de : oui, je suis  de Base X, mais bon, je ne vais pas acheter non plus tous les défauts concernant cette base, puisque je suis aile Y. De l’avis général, plus on avance sur son chemin d’acceptation de soi, plus la fierté d’être de tel profil s’estompe et, dans le même temps,  plus la « certitude d’avoir une aile » s’efface. On acquière une sorte de distanciation avec soi-même au fur et à mesure que l’on digère la réalité des excès de ses automatismes dans la vie quotidienne. Une sorte de bienveillance s’installe, d’autant plus que l’on a été visité clairement ses profondeurs intérieures et que l’on est plus dupe de ses qualités et de ses travers. Arrivé à ce niveau, la notion d’aile a, le plus souvent disparu. Et s’il y avait eu la croyance d’en voir eu une, un jour, le cheminement commun va alors vers la réhabilitation de l’autre qui, pour toutes sortes de bonnes raisons, n’avait pas pu être mieux incarnée jusque là.

Nul ne conteste qu’intellectuellement, le concept de l’aile est sympathique. Il ouvre sur la pluralité des facettes, il nous rassure au début du chemin : ouf, nous ne sommes pas réduits à une seule structure de caractère ! Mais attention, combien se perdent à considérer que : «  puisqu’ils sont une configuration, d’une base + une aile + une flèche +.. » alors, c’est merveilleux ! Sous-entendu, ça explique tellement bien qui je suis, que je ne vois pas l’intérêt de me remettre en question. Aïe, coucou, l’ego est revenu ! Insidieusement. Par la faute d’une interprétation trop facile de l’aile ? Ou parce que l’on a utilisé l’aile comme justificatif à ne pas explorer plus avant certaines zones d’ombre ?

Ne devrait-on pas inciter les uns et les autres à prendre le temps d’assumer leur travers principal, avant de foncer trop vite dans un Ennéagramme d’autant plus intellectuellement attirant qu’il nous éloigne de la cave pour rester confortablement au soleil ? Assurément, mais bon, internet est passé par là et les ailes fascinent. Ne se sent-on pas un peu ange, quand on parle d’ailes ? Pourquoi pas, mais prudence, quand même ! Ne tombons pas dans le travers d’Icare : que les ailes nous séduisent au point de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. L’histoire prouve qu’en général, ça se termine mal…

 

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