Le profil six contre-phobique, Le sens de la fête

Le sens de la fête

Film d’Eric Toledano et Olivier Nakache, 2017

avec Jean-Pierre Bacri, Gilles Lelouche, Eye Haidara

L’histoire

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos.

Le Six Contre-phobique : une légende ?

Certains auteurs présentent le profil Six comme scindé en deux : d’un côté le Six phobique et, de l’autre, le six contre-phobique. Vous êtes soit l’un, soit l’autre. Autrement dit, soit les Six fuient le danger et l’insécurité ou ils foncent vers le danger et l’insécurité. Cette “légende” provient du monde de la psychologie où quand il s’agissait de pathologies graves, ces deux archétypes différents faisaient sens. Dans la réalité de la grande majorité des personnes qui n’en sont pas au stade pathologique, notre observation sur vingt ans et dans vingt pays, c’est que la quasi totalité des représentants de ce profil sont dans le ET et non pas dans le OU.

En effet, le représentant du profil Six bascule souvent du côté « fuir le danger qui fait peur » vers le côté « foncer vers le danger qui fait peur ». On notera que l’axe principal demeure : « une réactivité particulière face au danger ». En fonction de leur passé et de leur histoire, les uns sont plutôt d’un côté ou de l’autre mais, même ceux qui sont plutôt à tendance « fuir le danger » peuvent basculer de l’autre côté « prendre tous les risques » d’un instant à l’autre.  Passer de « raser les murs » à « kamikaze » sans prévenir, et réciproquement. Le plus étrange, c’est qu’ils sont souvent conscients de ce paradoxe, en précisant même qu’ils ne savent pas, une seconde avant, dans quel sens leur curseur va aller.  Le Six serait donc plutôt un alliage de phobique ET de contrephobique. Ce qui le rend assez imprévisible, un comble pour celui qui cherche la clarté, la fiabilité et la certitude.

Sur ce profil Six ambivalent, il circule aussi toutes sortes de croyances : ils seraient forcément prudents, méfiants, pessimistes et rabat-joie. Grand merci à ce film d’élargir un peu la caricature habituelle. Jean-Pierre Bacri incarne à merveille ce rôle ambivalent.  Il passe d’une gentillesse affable (la chaleur humaine de proximité du type 6 sous-type survie) au hérisson qui pique quand il est énervé.

Différence entre type Huit et type Six

La première scène est particulièrement significative. Très courtois avec un jeune couple qui se renseigne pour un mariage, il déploie d’abord son côté « gentil qui brosse le client dans le sens du poil », avant de s’énerver et là, la colère froide du Six accélère le mental qui se met à poétiquement créer de jolies phrases improbables pour dire à ses deux interlocuteurs d’aller se faire voir ailleurs. La scène est cocasse, parce que, contrairement au type 8 qui deviendrait de plus en plus cocotte-minute-rouge-vif avant d’exploser comme un volcan, on assiste là à tout le contraire : la colère froide avec des mots qui font tout aussi mal que la lave du volcan, dans un registre bien différent.

Le côté contrephobique

Le côté contrephobique va prendre toute son ampleur quand Max (Jean-Pierre Bacri) croît avoir repéré un inspecteur de l’URSSAF. Il déploie d’abord des contre-feux, qui semblent ne pas suffire, et finit par « foncer vers le danger », c’est-à-dire agresser ledit inspecteur pour lui dire ses quatre vérités et tant pis si vous me mettez en faillite, au moins je vous aurai dit ce que j’avais sur le cœur.

Une palette de comportements différents face à l’imprévu

À d’autres moments, quand des membres de son équipe entrent en conflit, il est également capable de se mettre dans une « juste colère », parfois avec des facéties verbales, genre humour noir, classiques chez les représentants de ce profil. Cet humour est l’une des défenses du Six pour évacuer la pression de son hypersensibilité.

Ce qui ressort également c’est la gestion de l’imprévu qui peut prendre différentes formes : agacement, colère, mais aussi une certaine satisfaction comme « je savais bien que j’avais raison de me méfier » qui conforte l’ego dans sa vigilance et qui augmente l’estime de soi parce que l’on a souvent prévu un plan B au cas où. Une autre forme est le lâcher-prise : quand les événements sont tellement contraires que cela n’aurait même pas été imaginable, alors, laisse tomber, il n’y a plus qu’à laisser faire. En fait, il y a une énorme palette de réactions face aux différents imprévus qui jalonnent ce film, dont la tendresse et la délicatesse. En fait, l’image du hérisson lui va assez bien : une grande sensibilité protégée par des épines verbales. En fonction du degré de sécurité, la palette des comportements possibles est immense.

Conclusion 

Ouf, le Six est redevenu humain, sympathique, voire même compréhensible dans sa complexité. J’aurais envie d’insister sur le côté « secondaire » du Six. Il remet en question, il essaie de voir au delà des apparences, il ne prend pas pour acquis ce qui est dit ou ce qui est là, il demande pourquoi un organigramme a été bâti comme ça, il demande pourquoi la porte ouvre sur la gauche, pourquoi tu me poses cette question… Il essaie de discerner les conséquences, telle une vigie qui aperçoit un écueil et qui essaie d’évaluer si il vaut mieux essayer de passer à babord ou à tribord, il ne peut pas travailler s’il ne voit pas le sens. Ici, sa question à ses clients, c’est : « Quel est le sens de votre fête ? ».

Les second rôles sont également croustillants : Eye Haidara dans le rôle d’Adèle, base Huit bagarreuse et protectrice ; Jean-Paul Rouve, dans le rôle de Guy, photographe, profil Sept pique-assiette désabusé qui ne fait plus rire mais qui a toujours envie de se comporter comme un ado ; Vincent Macaigne dans le rôle de Julien, profil Neuf indolent à souhait…

Si vous aimez l’humour au second degré, vous allez vous régaler.

Bon film !