Les pères du désert
La typologie sur laquelle repose l’ennéagramme semble remonter aux travaux des premiers moines chrétiens, appelés « Pères du désert ».
A la fin du troisième siècle, saint Antoine, chrétien né à Alexandrie, se retire dans le désert d’Egypte à la recherche de l’essence divine que tout homme porte en lui. Il suscite des vocations et de nombreux autres « chercheurs d’absolu » suivent son exemple. Petit à petit, ils se regroupent. Pendant six jours, ils pratiquent l’ascèse et la solitude dans des cellules individuelles suffisamment éloignées les unes des autres pour ne se voir ni s’entendre. Jean-Yves Leloup précise : « Dans sa cabane de briques nues le moine restait seul toute la semaine, partageant sa journée entre le travail manuel, la méditation et la prière ».
Le samedi soir, les moines se rassemblent à l’Eglise pour y prendre un repas en commun : l’agapé. Là, ils partagent leurs expériences. Leur recherche porte sur la vie intérieure : retrouver l’essence de l’être, maîtriser ses instincts, ses émotions et ses pensées pour laisser couler le flux divin en soi. L’objectif dans leur quotidien (microcosme) consiste à vivre dans l’acte juste, dans la pensée juste, en harmonie avec la nature et l’univers (macrocosme).
On les qualifie d’origénistes (Origène est un théologien du début du Troisième siècle qui a enseigné à Alexandrie), parce qu’ils rappellent le caractère symbolique des écrits bibliques dont le but est d’initier à la vie spirituelle. Ils ont dressé la liste des passions qui détournent l’homme de son accord avec l’harmonie universelle. Ils les ont nommé les huit pensées génériques ou logismoï : la gourmandise, la luxure, l’avarice, la tristesse, la colère, l’acédie, la vaine gloire et l’orgueil.
Deux auteurs de cette époque les évoquent : Evagre le Pontique dans son Traité Pratique et Jean Cassion dans Conférence (Ed du Cerf). Leur idée est qu’une solide connaissance de soi amène la reconnaissance de sa passion dominante et qu’alors seulement, l’homme peut entreprendre le chemin de libération de l’ego, animé par son désir de retrouver sa liberté. Nous sommes là au coeur de toutes les traditions : nommer l’ego pour pouvoir s’en libérer.
D’après l’Ennéagramme, Eric Salmon, Lizbeth Robinson






